Il la méritait

                                                                    

De nombreux sportifs ne parviennent pas à gravir la dernière marche. Michel Platini n’a jamais été champion du monde et Jim Kelly a perdu 4 Super-bowl consécutifs sans en remporter un seul.

Shawn Kemp avait tout pour réussir : précurseur, spectaculaire, régulier, bien épaulé. Tous ceux qui comme moi ont découverts la NBA dans les années 90 se souviennent de lui.

Précurseur, il le fut en étant l’un des premiers à passer directement du lycée à la NBA. A 19 ans, en 1989, sortant du Lycée Concord d’Elkhart dans l’Indiana, il est drafté 17èm par les Seattle Supersonics.

Spectaculaire surtout car les gens venaient le voir atomiser le cercle. « The Reign Man » reignait dans les airs. Habitué du Slam Dunk Contest, il a terminé 7 fois de suite sur le podium sans jamais le gagner. Une injustice de plus. Cet ailier de 2m08 pour 110 kg avait le gabarit idéal.

Régulier il l’était également. Combien de joueurs peuvent se vanter d’avoir joué 14 saisons dont 10 à plus de 15 points et 8 rebonds de moyenne ? La régularité est l’apanage des grands joueurs. Dunker ne suffit pas. Qui se souvient d’Harold Miner, 2 fois vainqueur du Slam Dunk Contest?

Bien entouré s’avère indispensable pour vaincre. Même « His Airness » Jordan n’a pas pu tout faire tout seul. Le duo que Kemp format avec Gary Payton, sous les ordres de George Karl, fut l’un des plus prolifiques de l’histoire.

Alors oui, il a eu des problèmes avec la justice. Une histoire de bijoux lors de son court passage à l’université de Kentucky avant de devoir partir en raison de résultats scolaires insuffisants. On se rappelle qu’il disait : « Je ne viens pas à la fac pour être médecin mais pour jouer au basket. »

Oui, il a eu une enfance difficile avec un père absent et des appareillages aux genoux jusqu’à 10 ans.

Oui, il n’a pas eu une hygiène de vie irréprochable en consommant drogues et alcool et en approchant les 145 kg  lors de son passage à Cleveland.

Oui, sa vie familiale fut mouvementée : on lui reconnait 7 enfants illégitimes.

Malgré tout sa carrière fut extraordinaire et ce fut d’autant plus méritant. Il aurait dû en être récompensé. Le grand Charles Barkley, pourtant avare de compliments, disait de lui : « Shawn Kemp est si fort que c’en est effrayant. »

Mais l’Amérique n’aime pas les seconds. Elle idolâtre les vainqueurs et les vainqueurs « fréquentables ».

Shawn Kemp ne sera jamais au Hall of Fame, son maillot n°40 ne sera jamais retiré et il n’a jamais pu mettre la bague tant convoitée à son doigt.

Pourtant il la méritait.

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