J’dis ça, j’dis rien… Le billet d’un fan Lambda #2

Mon palpitant est à l’Ouest et mon coffre-fort à l’Est…

Il parait, selon un certain Anatole De Monzie, qu’on a le cœur à gauche et le portefeuille à droite… Allez savoir ! En tout cas, moi, par les temps qui courent, mon palpitant est à l’ouest et mon coffre-fort à l’est.

Je veux dire, à l’heure ou vont débuter les finales de conf’, la NBA nous donne à voir un singulier partage : Lakers-Nuggets (RIP Clippers) d’un côté, Celtics-Heat de l’autre.

Soyons francs, les talent individuels, les artistes ultimes, ceux qui parlent à notre palpitant, s’appellent surtout Lebron, Jokic et autre Murray et ils jouent à l’ouest…

Quant à l’intelligence tactique et le bon sens, ceux qui gonflent le larfeuille à l’heure d’engranger les bénéfices, ils s’incarnent naturellement dans les coachs de génies que sont Erik Spoelstra et Brad Stevens, à l’est donc.

Bien sûr, mon cœur est à l’ouest : quand, au milieu des eighties, on découvre la NBA avec le Showtime d’un Magic aussi flashy que la cité des anges, ça laisse des traces.

Et puis, au même moment, ma jeunesse s’enivre d’abord de supers héros charismatiques, alors forcément, je reste scotché à jamais par ce serial winner floqué du #23. Surtout si c’est le grand Larry qui nous dit, un soir d’avril 86, que « ce soir, Dieu était déguisé en Michael Jordan ». Et mon cœur ne s’est jamais vraiment remis des miracles accomplis par le messie en question durant les 13 années suivantes conclues par the Last Shot…

Et voilà que les purple & gold renaissent aujourd’hui sous la houlette d’un autre superhéros au #23 l’année où tous les cœurs des fans NBA se sont crashés avec ce P… d’hélico.

Et dis-moi que t’auras pas de l’eau dans les yeux si les Lakers vont au bout.

Parce que sans vouloir manquer de respect aux Nuggets qui ont mille fois mérité leur qualif’ ( honte à moi d’avoir grave sous-estimés des pépites épatantes qui ont pété mon bracket d’avant PO : Lakers-clippers/Celtics-Heat en finale de conf’), je vais quand même voter Lakers.

Je vais quand même regretter (un peu) de ne pas voir le duel Lakers-Clippers tant attendu. Le mérite à Denver donc, mais la faute aux clip’s surtout, car même avec un joueur-système à lui tout seul, il faut quand même une équipe autour et surtout un coach digne de ce nom… Si Kawhi était parvenu à sauver sa team, il aurait pu limite faire faire passer Doc Rivers pour un coach crédible (il est où le mental de du groupe ?), parce que le titre de 2008, je le mets d’abord au crédit du GM des Celtics, mais je te reparlerai de Ainge un peu plus loin.

Tiens en parlant de coach crédible, on parle de l’Est ? Là où on a depuis longtemps compris que le groupe est le fondement de toute réussite sportive dans ce sport éminemment collectif qu’est le basket.

D’où l’image du coffre-fort : autant par le côté historiquement défensif de la conf’ Est que par l’aspect j’investi-à-l’abri-des-regards-pour-mieux-encaisser-mes-dividendes des maisons floridienne et bostonienne…

A l’Est donc, on construit, on échafaude, on bâtit, on anticipe, bref, l’Est, c’est la terre des architectes patients et des travailleurs discrets. Pas –encore- de joueurs stars dans les rosters du Heat et des Celtics mais des bâtisseurs de l’ombre avec un mot d’ordre « la star, c’est l’équipe » (dixit Riley) !

Ici, les génies sont dans les bureaux ou sur le banc. Pat Riley et Eric Spoelstra d’un côté, Danny Ainge et Brad Stevens de l’autre !

Ici, on s’accorde avec Paul « Bear » Bryant, coach de légende du football américain universitaire, qui, bien avant d’autres, affirmait : «L’attaque vend des billets. La défensive gagne des championnats».

Et si Jordan a repris cette maxime à son compte : «l’attaque fait lever les foules, tandis que la défense fait gagner des titres », il aussi affirmé : « le talent permet de gagner des titres, mais le travail d’équipe et l’intelligence permettent de gagner des championnats ».

Alors parlons travail d’équipe et intelligence !

Et commençons par Patrick James, dit « Pat », Riley : joueur de banc mais titré (avec les Lakers en 72), Riley est surtout connu pour sa carrière d’entraîneur puis de manager aux succès invraisemblables : D’abord assistant (de Paul Westhead, ça forme) puis Head-coach à partir de 82, il gagne 4 championnats avec des Lakers version Showtime. Puis il fait une finale avec des Knicks en mode barbelés, perdue de justesse après avoir menés 3-2 contre des Rockets emmenés par l’abnégation d’un Olajuwon en mission (leader de son équipe aux points+rebonds+assists+steals+blocks lors du game 7 des finals 94 !) contre un Ewing affamé  et guidés par un Rudy-T à l’intelligence rare et à l’émotion communicative (transformer ce dingue de Vernon Maxwell en facteur X)…

Puis Riley, c’est aussi le coach d’un Heat alors minable (zéro playoffs en huit d’année d’existence depuis leur naissance) qu’il va emmener jusqu’en finale de conf’ Est 97 (contre les Bulls Jordan of course…) en faisant venir Alonzo Mourning et Tim Hardaway.

Il parviendra à ses fins en 2006, en décrochant un cinquième championnat, le premier du Heat, avec un stratosphérique D-Wade entouré de joueurs d’expériences titrés (le Shaq) ou en passe de l’être enfin (Gary Payton-Antoine Walker), qu’il a tous fait venir à Miami.

C’est enfin le président mais surtout l’architecte d’un Heat version « Los Tres Amigos » [James-Wade-Bosh] multi-titré et emmené par un coach alors inconnu : Eric Spoelstra.

Notons au passage que le gars sait choisir ses pivots : Jabbar (ok, il était là avant lui), Ewing, Mourning, Shaq, Bosh…

Bref, un Big Big Boss quoi ! Non, je corrige : LE boss !!!

Aujourd’hui, le gars a 75 piges et il nous remet le Heat en haut de l’affiche, avec toujours le même coach et un roster à l’état d’esprit irréprochable et à la complémentarité idéale.

Parlons-en du coach : Erik Spoelstra.

Parce que si c’est pas Riley qui l’a fait débarquer à Miami, c’est quand même lui le pygmalion de l’américano-philippin… 25 ans de boutique aux Heat, ça cause !

Riley sur Spoelstra en 2008 : « Ce jeu est maintenant sur les jeunes entraîneurs qui sont technologiquement qualifiés, innovants, et apportent de nouvelles idées. C’est ce que nous pensons que nous obtenons avec Erik Spoelstra. C’est un homme qui est né pour être entraîneur. »

Pour bénéficier d’une telle confiance de la part du boss, c’est déjà que le gars mérite le respect.

Ben oui, parce qu’après une carrière de meneur doué, sans plus, à l’université de Portland (diplôme de Com’ en poche), un passage par l’Allemagne en tant qu’entraîneur-joueur (niveau pro-D2) : Spoelstra arrive à Miami en 95’ où il gravi avec patience et passion toutes les marches jusqu’au sommet : assistant-vidéo, assistant-recruteur, formateur (travail technique et mental sur le shoot du Flash) puis assistant coach de Riley l’année du titre de 2006. Il lui succède comme head-coach à partir de 2008 avec le succès que tout le monde connait.

A l’aise -c’est peu dire- dans le domaine tactique (animation offensive, répartition des tickets shoot, mise en place des rotations pour gérer une saison aussi bien qu’une série, construction d’une défense d’école quel que soit le roster), subtil diplomate (remarquable gestion des égos et même des gros melons genre Whiteside), meneur d’homme sans jamais abuser de son autorité car excellent communicant et fin psychologue (transition du leadership Wade-James, rebond après les finales dégeu de 2011, éclosion de Dragic)… Bref, Je suis vraiment fan du bonhomme.

Et comme le gars a un sens aigu du travail en équipe, il sait ce qu’il doit au front-office, à son staff et ne revendique rien pour lui, apprend de tous (y compris de Pop’ dont il s’inspire pour poser des killer-system post time-out où c’est en fait celui qui fait la remise en jeu qui, se faisant oublier, devient de fait le joueur le plus dangereux), et fait l’admiration des plus grands… De Carlisle par exemple qui juste après l’avoir battu avec les Mavericks dit de lui : « il fait le boulot le plus difficile dans le monde du basket avec cette équipe. », ou encore, en pleine reconstruction post big three, juste avant le ASG 2018 : «Spoelstra devrait être dans l’équipe All-Star. Dans le sens où il fait toujours du bon boulot et il a même élevé la barre plus haut avec ce qu’il fait avec son effectif actuel, dans le développement des joueurs. Ils font de bonnes choses là-bas. Et, encore une fois, Erik est le leader de l’ensemble. Sans vouloir réduire les joueurs qu’ils ont – et ils ont de bons joueurs – mais le travail qu’il fait cette année est simplement phénoménal. ».

Je voyais venir le Heat cette année autant que je l’espérais (mon admiration pour Spoelstra est source de mauvaise foi et je suis tellement heureux que Butler ait croisé sa route que ma vision est forcément aussi passionnée que subjective…) mais à bien observer ce qu’il tire de son groupe actuel, impossible de ne pas se rendre compte que TOUS les joueurs progressent individuellement au profit du collectif qui lui-même se bonifie et permet aux joueur de davantage briller ! CQFD… Le MVP du Heat : je vote Spoelstra !!!

Et s’il faut parler de passion, en voilà un autre qui pue le basket : Brad Stevens !

Vous en connaissez beaucoup des types qui lâchent une carrière (bientôt) lucrative de comptable pour se plonger dans une carrière de coach dans le basket, juste par passion ? Genre « Cadre sup, c’est trop chiant, je vais faire des petits boulots et tenter ma chance juste par amour du jeu»…

Le mec n’a aucun réseau, zéro expérience, juste une honnête petite carrière de vedette locale (ok, dans l’Indiana, état basket par excellence…) mais de l’éloquence, du courage, de l’audace et de la passion… Avant d’avoir 25 ans et trop à perdre pour prendre des risques, il se lance et intègre bénévolement (!) le staff de Butler University (dans l’Indiana donc).

Après, on connait tous sa trajectoire de crack : Assistant, puis adjoint du coach puis Head-coach avec des résultats spectaculaires compte tenu de son âge (31 ans), de son inexpérience, du calibre de son équipe, etc.

2 ans plus tard, c’est finale NCAA, second plus jeune entraineur à réussir ça… L’année suivante, en 2011, il remet ça et est toujours le plus jeune coach à avoir réussi cela ! Son bilan en NCAA avec les Bulldogs : 166 wins pour 49 défaites. Respect…

Il pète à ce point des records de précocité et de performance avec Butler qu’il devient direct head-coach des Celtics en 2013, recruté par un certain Danny Ainge, GM en poste…

4 ans plus tard, et avec des % de wins en constante progression, il coache la team Est lors du ASG 2017… (re)respect !

Alors, c’est vrai, et même si son talent est incontestable, il lui reste encore tout à prouver et surtout il lui faudra gagner pour définitivement s’imposer comme un coach de légende. Faut dire qu’il a souvent croisé la route du Heat puis des Cav’s de Lebron, que le mental de l’équipe est parfois friable (manque un leader ?), que le recrutement d’Irving reste encore un mystère pour moi (moins son départ très bien géré par Ainge)…

En attendant, Grâce à Brad Stevens, Boston attaque -souvent- très bien, défend remarquablement (les systèmes en 2-3 et la défense de ligne à 3-Pts sont un modèle du genre), sait s’adapter (lui aussi est un maître dans la gestion des temps morts) et prendre la mesure de l’adversaire (fallait tenir face aux Raptors !), fait plaisir à voir jouer, regorgent de joueurs lyriques (Tatum, Brown, Walker) et combatifs (Smart, Theis, Wannamaker) et s’ils doivent se passer d’Hayward (ce fameux leader d’expérience ?), il leur reste à promouvoir Tatum en go-to-guy, mieux utiliser Jaylen Brown et espérer que Kemba redevienne ce two-way-player intenable des deux côtés du terrain.

Tu veux de l’intelligence ? Quelques mots sur Danny Ainge alors…

Je zappe -injustement- son passé de joueur aussi précieux (pour ses coaches) que détesté (par ses pairs et les fans), au palmarès inattaquable et aux talents sous-estimés, je passe -tout aussi inéquitablement- sur son expérience de coach pourtant brillant aux Suns, j’oublie également sa « carrière » d’acteur (quoique je garde un souvenir ému de Space Jam) et de pasteur mormon, pour m’attarder sur le manager…

De retour aux Celtics en 2003 (sur les conseils d’un certain Red Auerbach), il en devient le GM en 2007.

Il construit autour de Paul « The Truth » Pierce (futur MVP des Finals), récupère Ray Allen et Kevin Garnett contre des miettes (pardon Al Jefferson) refilées aux Sonics et autres Wolves, et, bingo, ramène le titre à Boston en défonçant les Lakers du Zen Master et du MVP en titre. Doc Rivers au bon moment, au bon endroit, j’dis ça, j’dis rien…

S’ensuit un après-titre chaotique malgré des joueurs intéressants, quelques tâtonnements et erreurs dont il va apprendre : s’il faut reconstruire, autant commencer par le début, c’est-à-dire par un coach… Il mise donc sur un coach NCAA avec zéro expérience NBA, gonflé !

Et puis, s’il faut bâtir, autant s’attaquer aux fondations : je largue mes vieux briscards et je mise sur la Draft qui lui permettra de récupérer Jaylen Brown, Marcus Smart puis Jayson Tatum… Il rate gros (en vrac : Paul George, Kevin Durant, Jimmy Butler), largue sévère (au choix : Al Horford, Jae Crawder, Isaiah Thomas) mais récupère aussi du lourd : Gordon Hayward…

Conclusion : un seul architecte mais deux attitudes diamétralement opposées, limite schizo : le parieur opportuniste de 2007 a laissé place à l’alchimiste calculateur de ces dernières années. Avec un titre au bout ? Au-delà du résultat, c’est l’évolution du gaillard et la cohérence de la démarche actuelle qui me séduit.

Pour le titre, on verra bien mais actuellement, dans les coffres-forts de l’Est, il me semble qu’on cherche moins à stocker les billets verts qu’à y entreposer l’histoire en fait.

Alors pour être honnête, c’est la finale de conf’ qui me fait le plus kiffer : le Heat (sont-ils déjà assez mûrs ?) contre les Celtics (seront-ils assez costauds sans Hayward ?)… Dans les deux cas, Un basket au goût d’hier (des duels d’anthologies entre les deux franchises, de la défense) joué par des coachs du futur !

Et après ?

S’il faut (re)parler d’architecture, je serai plutôt art déco du côté de South Beach que vieilles pierres victoriennes du Massachussetts… Mais s’il faut laisser le cœur parler : Go Lakers, GO !!! Et de préférence contre les trèfles celtes, juste pour l’histoire quoi…

 

 

PS : l’abus de silence est dangereux pour la santé, postez sans modération !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
24 ⁄ 8 =