J’dis ça, j’dis rien… Le billet d’un fan Lambda #3

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Pour l’histoire…

Evidemment, on sait tous qu’une dernière série Lakers-Celtics entre directement dans l’histoire des Finals avant d’avoir commencé. Question de suprématie continentale, de dynasties trans-générationnelles, de duel de GOAT (Russell-Chamberlain ou Magic-Bird) d’une autre époque (en tout cas pré-Canal+), de rivalités entre villes que tout oppose à commencer par la distance et le mode de vie.

Oui, ces Finals 2020 auraient pu être historiques avant même d’être jouées !

 

Et pourtant, à quelques heures de cet affrontement inédit et à quelques jours de clore cette année bien pourrie, je me régale d’avance !

D’abord parce qu’elles sont inédites justement !

Le Heat et les Lakers ne se sont jamais affrontés en finale, une première donc mais pas une nouveauté en soi, il suffit de remonter à l’édition 2019 pour trouver un précédent.

En revanche, c’est la première fois dans l’histoire que deux franchises se retrouvent en finale sans qu’aucune des deux n’aient joué les play-offs de l’année précédente.

Du coup, je me demande : coïncidence cosmique ou logique d’une bulle qui a bousculé les traditions et les habitudes, les logiques et la science du jeu ?

Tout au début de ces PO, au-delà des images dont le cadrage ne nous renvoyait aucune image de fans déchaînés, désespérés, hystériques, abattus, transcendés… c’est le sentiment d’être resté souvent sidéré par le crissement assourdissant des sneakers sur le parquet d’une salle qui puait un silence de mort.

Zéro public, zéro ambiance, et je réalisais à quel point mes souvenirs du jeu étaient intimement sublimés par la réaction d’un public frénétiquement uni à jamais par quelques secondes d’éternité partagée.

Ma première impression de ces PO, c’est un manque de passion et d’émotion (le Luka show mis à part of course) : des sweep en pagaille et des séries qui se jouent ailleurs qu’au Forum d’Inglewood ou Boston Garden, qu’au Madison Square ou au Chicago Stadium, qu’au Palace d’Auburn Hill ou qu’à l’Oracle… Bref, nowhere !

Evidemment, j’ai aussi ragé : une bulle chez Mickey dont la face est grosso modo faite de trois gros cercles, Adam Silver a le sens d’une élégante ironie.

Digne successeur d’un David Stern dont on a pu dire beaucoup de bien à l’heure de lui rendre un dernier hommage mais pas au point, en ce qui me concerne, de pouvoir lui pardonner la perte d’un patrimoine culturel et populaire sur l’autel de la rentabilité : A,T&T, United, Pepsi, Barclays, Compaq, Quicken Loans, American Airlines, Chase, Toyota, Fedex, Amway, Wells Fargo ou Scotiabank… Arrrgh ! Qu’il soit center, arena ou forum, le naming des salles NBA est aussi ridicule qu’indécent !

Mais bon, j’dis ça, j’dis rien et surtout, je m’égare…

Sidéré donc et même parfois gêné : tout cela avait-il encore un sens ? Fallait-il vraiment se passionner pour le jeu au moment où la société américaine se disloque et où les sapiens sapiens se démènent pour échapper au virus et/ou la précarité ?

Gloire aux acteurs de ces play-offs donc, qui m’ont redonné à force d’exploits et de dépassement le goût pour ce jeu indépassable !

Car, si l’on veut bien mettre de côté la bêtise de quelques-uns (coucou Danuel House Jr., inénarrable joueur des Rockets dont l’intelligence doit se situer quelque part au-dessous du nombril), il faut bien reconnaître que ces PO nous ont fait vivre de bien beaux moments d’émotions, comme d’hab tu vas me dire… Inutile de revenir sur ces exploits en série pour lesquels tu as vibré aussi bien que moi.

En revanche, ces PO bullesques ont eu le bon goût de me faire oublier, le temps d’un game, les causes tragiques d’un isolement forcé pour m’attacher à comprendre les conséquences d’un jeu sur terrain neutre.

Pas de public, pas d’ambiance donc, mais du cœur, de l’intelligence et de la passion.

A ce titre, au bout de trois semaines de compèt, le cri du cœur de Mike Malone m’a profondément touché : « C’est dément. Ma famille me manque. Je parle pour moi et au nom des entraîneurs (…) Soixante jours sans pouvoir voir ma famille ici, c’est limite criminel. Les joueurs peuvent faire venir leur famille, ce qui est une bonne chose, les arbitres ont l’autorisation de recevoir un invité, ce qui est très bien, mais nous les coaches, ne sommes pas autorisés à faire venir qui que ce soit (…) Honte à toi, NBA ».

Des mots forts, des mots justes de la part du coach des Nuggets.

Mais revenons au jeu, aux résultats et écoutons Scottie Pippen : « Pour être honnête, ce n’est pas du basket NBAOn n’est pas dans le dur. Il n’y a pas les voyages, ni les distractions. Donc ce sont plus comme des matches amicaux. Il n’y a pas de spectateurs non plus, pas de bruit. Il n’y a plus de pression. Ce sont toutes ces choses qui rendent le basket NBA si difficile. La bulle rend tout cela plus facile. »

Et il ajoute : « Les joueurs dorment dans le même lit chaque soir, ils vont à pied à la salle. Ils n’ont pas les 25 à 50 minutes de bus à faire pour la rejoindre. Ils n’ont pas à venir à la salle deux heures avant le début du match pour parler aux médias et gérer les petites choses extérieures à la rencontre dont ils veulent vous parler, pour déstabiliser votre équipe. Donc c’est différent, mais c’est très divertissant. »

Pas de voyage, moins de fatigue, plus d’adresse, moins de pression, plus de jeu… CQFD !

Est-ce un pur hasard si tant de jeunes joueurs ont explosé sans complexe, ou est-ce parce que loin de leur public, des Luka, Donovan, Jayson, Tyler et autres Jamal se sont révélés et ont assumé sans avoir à subir de pression excessive ?

Est-ce un hasard que des cadors en panne de repères (Leonard, Harden, Westbrook, Siakam, Walker voir Giannis) n’aient pas su réagir techniquement, lâché mentalement ou simplement craqué physiquement ? Ou est-ce simplement logique que ces superstars aient manqué de ce supplément d’âme que leur apporte un sixième homme tout acquis à leur cause ou de cette adrénaline qui fait réagir face à un public hostile ?

Est-ce un hasard qu’on ait vu cette défense de zone, tellement éprouvante pour les organismes, s’imposer au moment où la récupération des joueurs était facilitée ? Tellement exigeante sur le plan collectif au moment où les équipes se forgent un esprit de groupe, protégées qu’elles sont dans leur bulle ?

Et au final, est-ce un hasard si on retrouve deux team-commandos fortes dans leur tête et dans leur cœur ?

L’une jouant en mission, en mode mamba-mentality, au nom d’un héritage, l’autre, en équipe de guerriers solidaires et généreux, ne revendiquant rien d’autre que le plaisir partagé et la reconnaissance du travail bien fait…

En parlant de travail bien fait : une pensée pour John Calipari car de Herro à Rondo en passant par Adebayo ou Davis, tous ont été formés par le maître des Wildcats de Kentucky…

Quant au jeu, si je devais ne retenir qu’une action qu’on n’aurait sans doute pas vu ailleurs, c’est celle du buzzer beater de OG Anonuby contre les Celtics. Bien sûr, la course de l’ailier est idéale, bien sûr, elle est facilitée par une erreur de com’ fatale en défense de zone choisie par Stevens, bien sûr, la passe de Lowry est lumineuse et le shoot mortel… Mais surtout, pas de public entassé à moins d’un mètre, une ligne de touche déserte qui rend la prise recul possible pour le passeur et le pauvre Tacko Fall (2.16m au garrot quand même) qui devient inoffensif, la passe lobée qui devient tendue, rapide et définitive, avec 0.5 seconde à jouer ! Dans n’importe quelle autre salle, c’est une tentative de alley-oop, chez Disney, un catch-and-shoot d’école…

Voilà, les Finals 2020 commencent dans deux heures, et je vais juste me régaler : Riley contre les Lakers, WTF ! LeBron face au Heat (m’enfin, le Heat en pleine période Covid, c’est une blague ou quoi ???), WTF again !

Et du plaisir à venir, en espérant juste que cela se jouera avec des gars en pleine possession de leurs moyens et pas sur une injury de M… (j’ai tellement détesté l’hécatombe de l’année dernière).

Dans tous les cas, pas de previews, pas de prono et pas de préférence, je serai tellement heureux pour le vainqueur (surtout si c’est le Heat) et juste bien triste pour le loser (surtout si ce sont les Lakers), mais à bien y réfléchir, d’ores et déjà une certitude, ces finales sont vraiment rentrées dans l’histoire avant même d’avoir commencé !

 

 

PS : l’abus de silence est dangereux pour la santé, postez sans modération !

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